12/17/2014

Collecte 2014

Papouasie Nouvelle Guinée
Mai-juin 2014

Port Moresby - Mount Hagen - Aire Nokouma - Haut sépik - Wagamush river - moyen sépik - bas sépik - Keram river

























Le voyage commence par la capitale, Port Moresby, où mes contacts me font rencontrer des habitants du golfe papou venus avec des planches et personnages gope.


J'ai souvent songé à me rendre moi-même dans le golfe sans jamais concrétiser ce projet d'expédition. Les difficultés d'accés, une logistique compliquée sur un immense territoire marécageux  m'en ont dissuadé. 


Je profite donc de cette occasion pour acquérir ces superbes objets que je n'avais pas vus depuis plusieurs années. 


Les voilà emballés et déposés à l'aéroport à destination de Wewak dans le nord du pays.



Je quitte Port Moresby en avion pour Mount Hagen, sur les hauts-plateaux du centre de la Papouasie, où ces boucliers me sont proposés

.
Ainsi que ces balers,


et ces curieuses coiffes de danse que je n'avais jamais vues auparavant.


Idem pour ces incroyables perruques de mousse, inconnues pour moi jusqu'à maintenant


Je collecte bien d'autres pièces qu'il faut emballer pour les expédier par avion vers Wewak. Les moyens du bord se résument à des rouleaux d'adhésif, des cartons d'emballage récupérés dans les environs et surtout du film étirable qui permet de confectionner des colis à peu près présentables.


Le résultat n'est pas si mal pour ces colis faits de carton extra-fins



qui me permettront finalement de faire voyager des objets fragiles sans la moindre casse à déplorer.



Changement de décor et arrivée sur le sépik où une grande pirogue de 15 m de long m'attend.




Cette pirogue a été commandée et fabriquée pour mon guide dans les Blackwater en 2013


Malheureusement, l'arbre utilisé, comme souvent, présentait des défauts qui se traduisent par de larges trous à différents endroits de la pirogue.


Prévenu tardivement de mon arrivée, mon guide n'a pas eu le temps d'effectuer des réparations sérieuses et il faudra donc tout au long de notre expédition, boucher les trous avec de la terre argileuse ramassée sur les berges.


Voici la guesthouse que construit mon guide pour accueillir les gens de passage.


Nous sommes dans les Washkuk Hills, on nous offre de griller un cochon sauvage chassé dans la nuit.


La recette est à la portée de tous : découper le cochon en morceaux de la taille d'un poing, laisser la peau et les poils, poser sur la grille au dessus de braises pendant 30mn et servez.


Cette recette fait toujours son petit effet et les convives n'en laisseront pas une miette.




N'oubliez pas les biscuits secs en bas à droite de la photo.


Vous aurez noté la présence de deux policiers, l'un en uniforme, l'autre armé d'un fusil. Je les ai embauché à Wewak pour nous accompagner sur le fleuve, à la demande de mon guide. Ce dernier s'inquiétait d'une possible embuscade et préférait dissuader les éventuels braqueurs par cette protection armée.


Nous voici à Aplatak, un village que je découvre.


Cette petite case comporte des panneaux composés d'écorces peintes.


Des peintures Nokouma que je n'avais pas eu l'occasion d'acquérir jusqu'à présent.


Village d'Amake en aire Nokouma, ces poteaux sont tout ce qu'il reste de la case de cérémonie.


Cette grande case a récemment été mise à terre, j'ignore si le village projette de la reconstruire.


Ces poteaux sont si grands et si lourds qu'il n'est pas envisageable de les transporter, la tentation est pourtant très forte.


Sur le coté,  des poteaux de petite taille sont eux transportables...


Amake possède encore une grande case de cérémonie.


En voici l'intérieur.


Sa décoration est beaucoup plus sobre que les cases Kwoma, seuls les garamuts et quelques bancs sont visibles. Tous les objets de cérémonie sont conservés ailleurs,  dans des cases particulières, enveloppés dans des feuilles.


Vue de l'autre entrée.


Un superbe garamut






La question de l'origine des pigments naturels nous est souvent posée. Cet arbre produit des fruits qui permettent d'obtenir du rouge.


En voici la fleur,


le fruit,


dont les pépins écrasés produisent un liquide rouge orangé.


Cet autre fruit qui provient d'un arbre différent donne aussi du rouge,


un rouge plus vif.





Etrange vision que cette statue plantée sur la berge et habillée comme un épouvantail.


Le temps passe et la discipline se relâche...Ce policier, originaire des hauts-plateaux papous, n'avait jamais vu le fleuve sépik. Au milieu de l'expédition, après quelques jours de pirogue, il sera soulagé que je lui donne congé. J'ignore si leur présence aura été utile, en tout cas nous n'aurons subi aucune agression.


Nous quittons notre village Nokouma avec des objets savamment chargés.


Avant de retrouver le cours principal du sépik, il nous faut franchir cette zone où le niveau d'eau est bas.


Ce qui n'est pas simple avec une pirogue aussi lourdement chargée.


Retour chez les Kwoma, chez Simon Goiyap. peintre et sculpteur, il a récemment séjourné en résidence au musée de Brisbane en Australie pour y réaliser des œuvres commandées par le musée.


Traditionnellement ces écorces peintes décorent les faces internes des toits de case de cérémonie Kwoma.



Il ambitionne de commercialiser ses peintures, à l'instar des artistes aborigènes.


Une vue de l'endroit où habite Simon.


Un nouveau chargement en vue.


Nous emportons au cours d'un tel voyage plusieurs futs de 200l d'essence qu'il faut régulièrement répartir dans différents bidons.


Nous arrivons à Swagup dans le haut sépik. Ce village est situé dans une zone où la population est invitée à préserver l'habitat naturel des crocodiles, et notamment à limiter les brûlis pour ne pas détruire les nids. L'objectif est donc de ne pas empêcher la reproduction des crocodiles, la chasse reste autorisée.


Swagup s'étire le long d'un petit bras d'eau détaché du sépik.


Nous emménageons chez un habitant.


C'est une case de grande taille avec quelques pièces dont les cloisons sont faites de bambous. Au centre, le foyer pour cuisiner.


Le geste d'hospitalité est aisé et spontané en Papouasie,  nous sommes en effet accueillis chez la première personne rencontrée à notre arrivée.


Cette hospitalité est aussi grande que la discrétion dont fait preuve la famille qui nous accueille. Je ne verrai que le chef de famille, la femme et les enfants ne me seront pas présentés et resteront à l'écart

Swagup est selon moi, le village qui fabrique et utilise les plus belles pagaies de Papouasie Nouvelle Guinée


La partie supérieure de ces pagaies est sculptée de manière complexe pour faire référence à la légende de création du clan des hommes insectes. Les habitants de Swagup considérent en effet être les descendants de l'union d'un être humain et d'une mante religieuse.


Les hommes insectes , qui ont leur propre dialecte, ont une réputation d'hommes forts et fiers. Leurs nombreuses et fructueuses chasses au crocodile l'expliquent en partie. Swagup est un petit village isolé, entouré d'un immense espace naturel.  Ces chasses n'ont qu'un impact limité sur la population de crocodiles et s'inscrivent clairement dans le cadre d'une pratique de subsistance.


Le jour de mon arrivée deux crocodiles ont été chassés et ramenés au village.


Voici les pointes des lances utilisées pour chasser ces crocodiles d'eau douce ou d'eau de mer qui peuvent mesurer 6 à 7m.


On aperçoit sur la peau au bord de la plaie deux mouches de couleurs jaune, noir et orange. Ces insectes accompagnent  les crocodiles dés qu'ils remontent à la surface. Lorsque le crocodile est sous l'eau pour se cacher, la présence des ces mouches au-dessus de l'eau indique aux chasseurs la présence de l'animal.


La viande va être immédiatement consommée, les peaux vendues, les crânes serviront de trophée, les dents feront des colliers.


Les habitants de Swagup ont aussi pour activité de collecter des oeufs de crocodile pour les revendre à des fermes de crocodile.


On procède immédiatement au dépeçage des deux bêtes.










Voici une peau en cours de séchage.


Les crocodiles de petite taille finissent aussi dans les assiettes.


Observation plus paisible d'une femme qui récolte l'intérieur d'un tronc de palmier sagoutier avec un outil traditionnel.


Une vue du village de Paru sur la Wagamush river.


Où l'on me propose d'acquérir ce très beau tambour à fente.


Je ne peux m'empêcher de photographier cette dame pour une raison que vous allez comprendre ci-dessous.


Le trou dans le lobe de son oreille gauche lui sert à tenir sa cigarette. Notez qu'avant de prendre cette photo, j'ai demandé à cette femme son autorisation en lui expliquant pourquoi je prenais la photo, à savoir que la présence de cette cigarette à cet endroit était originale et amusante, ce dont elle a convenu.


Retour dans le moyen sépik dans le village de Korogo dont voici une des flêches faîtières de la grande maison de cérémonie.


Il y a 10 ans, cette grande case était l'une des plus renommées du sépik, du fait de sa taille, de sa beauté et de sa présence tout au bord du fleuve.


A cause de mésentente entre les différents clans, elle n'a pas été entretenue. Son toit et son étage sont dégradés à 80%, elle n'est plus utilisée.


Les superbes poteaux qui soutiennent ce qu'il en reste atteste de sa beauté passée.


L'une des explications à cet abandon est le fait que certains clans attendaient que le gouvernement leur donne de l'argent pour l'entretenir. Triste conséquence d'un certain changement de mentalité.


Cependant une partie du village dont fait partie le nouveau chef est bien consciente de cette absurdité. Les anciens n'avaient pas besoin d'argent pour construire des cases, tous les matériaux  pour en reconstruire une nouvelle sont dans la nature autour du village.


Il semblerait qu'un accord ait finalement été trouvé au sein du village pour que tous se mettent à la construction d'une  nouvelle grande case. De nouveaux poteaux  ont déjà été sculptés.


J'en ai fini avec cette partie du sépik, il me faut charger tous les objets collectés pour les emmener plus loin, dans un village relié à la route où un camion les transportera jusqu'à la cote.










Images déjà vues et revues dans les comptes-rendus de mes précédents voyages.


Changement d'embarcation et de lieu. J'utilise un bateau en fibre de verre pour visiter la rivière Kéram sur le bas sépik.

Cette terre verte émeraude est un  pigment naturel et donne une couleur blanche lorsqu'elle est appliquée sur les objets.


Une vue de Minias, un village situé sur la haute Keram. J'avais le projet d'y collecter des petites statuettes (homme oiseau), je n'en trouverai aucune. Ce sont donc une quinzaine d'heures de navigation pour rien; cela fait partie du jeu...



Sur le retour, nous bivouaquons dans ce bâtiment en construction  (depuis des années) qui doit devenir une guest house. C'est typiquement le genre d'endroit que je n'aime pas. Fabriqué avec des planches, des panneaux d'agglo et une couverture en tôle, ces  constructions sont laides, inconfortables, sans âme et coûteuses. Je l'explique à son propriétaire, au risque de le vexer. A ses yeux, cela se rapproche de la modernité et du confort à l'occidental. Ce à quoi je réponds que les occidentaux de passage recherchent tout le contraire.


Voici la grande case du village de kambot sur la Kéram.


Les écorces peintes en façade sont très belles.









C'est la fin de mon voyage, les objets collectés dans le bas sépik auront aussi pris la route pour la cote où tout est mis en conteneur, destination la Bretagne.



David Godreuil
www.artifact-oceanie.com