5/06/2013

Collecte 2012

Papouasie Nouvelle Guinée
Novembre 2012

Wasara - Maprik - Karawari - Blackwater - Moyen Sépik - Whaskuk hills - Ramu - Murik lakes


Je commence ce voyage par l'aire Abelam qui compte deux régions : Wasara et Maprik.





Collecter dans cette grande zone vallonnée, se révèle bien plus compliqué que dans les villages qui  bordent le fleuve. Les pistes sont très souvent boueuses et je ne compte plus les immobilisations pour cause d'enlisement. Sur ce cliché, il faudra plus que quelques feuilles pour dégager le véhicule.

J'ai connu quelques unes de mes plus grosses frayeurs sur ces pistes. Descente en crabe sur piste détrempée, passage de gué, pont branlant, enlisement de nuit, panne, crevaison etc. Je ne sais pas conduire dans ces conditions, je confie le volant à mon guide.


Nous sommes bloqués derrière deux 4x4 enlisés, qui sont là pour distribuer des moustiquaires offertes par les autorités papoues aux populations de ces villages isolés.


Les land cruisers seront sortis de leurs ornières avec des lianes tirées par plusieurs hommes du village voisin.


Après l'action, un peu de contemplation


Notre bivouac dans cette région.


Fin de journée : classement et rangement des pièces, le 4x4 est vidé. 


Une très belle grande case de cérémonie Abelam qui vient d'être construite.


Sa façade où l'on voit les écorces peintes au dessus de l'entrée.


Et également un beau linteau.


Je trouverai à l'intérieur de très belles écorces, entassées, qui décoraient l'ancienne case de cérémonie. Ces dernières ont une durée de vie de quelques dizaines d'années et sont remplacées lorsque leur état le nécessite. C'est l'occasion pour moi de collecter de belles pièces.



Je demande à cet homme de me montrer comment est portée cette coiffe de danse.


Sans transition, nous voici sur le fleuve dans le village qui sera ma base pendant quelques temps. Ce jeune homme nous présente le plat du jour.


Il est allé chasser la veille au soir et a tué à la lance ces deux crocodiles.


La viande de crocodile me rappelle la viande de porc assorti d'un léger goût de poisson. Elle est sûrement très bonne bien cuisinée ce qui est rarement le cas: aussitôt tué, aussitôt bouilli dans la marmite.


Confection d'une galette de sagou dans une terre cuite d'Aibom. Le sagou est la base alimentaire des populations du Sépik. Cette fécule alimentaire est pauvre en protéines, graisses, vitamines et minéraux mais elle cale bien. Il faut cependant en manger une bonne quantité pour cela et je n'y arrive pas. Je me rattrape donc le soir sur le riz que j'emporte toujours avec moi en expédition pour mon équipe (des dizaines de kilos achetés avant le départ sur le fleuve).


Cette consommation de riz et de boites de corned beef le soir me laisse cependant affamé dans la journée. Mon équipe a pour consigne de saisir les occasions de trouver des fruits (coco, bananes, mangues, ananas), ou toute autre nourriture fraîche (vers grillés, viande de brousse) mais les occasions sont plutôt rares. J'ai constaté l'importance de la nourriture dans ces moments. Le ventre vide, c'est l'énergie qu'il vous manque pour faire les 500 m supplémentaires pour visiter une case au sommet d'une colline, la distraction qui vous fait trébucher sur une racine, l'irritation qui vient trop vite, la difficulté de patienter en plein soleil, la prise de mauvaises décisions etc. Je me promets d'emmener la prochaine fois des rations lyophilisées (sous réserve de franchir les frontières sans me voir confisqué ces plats pour des raisons phytosanitaires, les autorités australiennes sont très sévères sur ce point).



L'autre grande ressource alimentaire du fleuve est le poisson. Cependant souvent petit, plein d'arêtes, et fumé sur le feu, c'est à dire dur comme du bois, on est loin de la côte de boeuf grillée, saignante, accompagnée de pommes de terre, d'un chouilla de moutarde de Dijon avec une salade de tomate en entrée et un fondant au chocolat en dessert, arrosé de vin rouge. Excusez-moi, je m'égare.


A 2 jours de pirogue de mon village base, nous arrivons très en amont de la rivière Karawari.


C'est la région d'origine des Ypwon ou Wanleg, ces personnages stylisés qui représentent un esprit chasseur dont les côtes, le coeur, la tête et une seule jambe sont représentés.

Pour en revenir à la nourriture, voici mon petit déjeuner version brousse : café au lait en poudre, biscuit, miel.


Les wanlegs sont particulièrement fragiles. Je demande à ce qu'ils soient protégés dans des spathes de sagoutier.


L'intérieur d'une petite case de cérémonie d'un village de la Karawari.


Des crânes humains dont on ne me dira pas l'origine.


A table


Dans un petit village de quelques cases temporaires qui abritent des familles venues pêcher et fumer du poisson pendant quelques semaines, nous déchargeons la collecte faite sur la Karawari pour repartir à vide vers la Blackwater.


Des poissons-chats.


Un aigle-pêcheur captif.


Cet endroit semble anodin, je l'ai cependant photographié car c'est l'endroit où se rejoignent la rivière Karawari et la Korosameri qui conduit à la Blackwater, autre grande région d'objets.


Sur la Blackwater, 3 jeunes garçons qui ont appris dés leur plus jeune âge à pagayer debout sur une étroite pirogue.


Mon équipe et moi-même sommes hébergés dans une case de passage. Comme à mon habitude, je lis à l'aide de ma frontale tandis que des conversations en dialecte se poursuivent jusque tard dans la nuit autour de moi. Une particularité ce soir là, un groupe électrogène est utilisé pour nous donner de la lumière, ce qui me permet de prendre la photo.


Une rencontre inattendue avec une jeune chouette captive, dans un village.


Retour sur le moyen sépik, la case de cérémonie du village de Kanganaman.


Certains de ces poteaux de case ont été plusieurs fois changés de place, ils sont très anciens et répertoriés par le muséum national de Port Moresby.







A l'étage de cette case, une grande peinture sur écorce qui a été faite pour une cérémonie passée. Malgré ses dimensions et les difficultés de transport à prévoir, je ne résiste pas à la tentation de l'acquérir.

Et effectivement...


Retour du pays Sawos en pirogue sans moteur, notre pirogue moteur étant partie rechercher des objets laissés derrière nous à la jonction de la Karawari et de la Korosameri.

C'est une période où les eaux du fleuve sont hautes et inondent les plaines basses.


La pirogue moteur est bien rentrée.


Tous les objets rassemblés au camp de base sont placés sur deux pirogues reliées par un treillis de bambous pour être acheminées vers Pagwi, un des deux villages du Sépik connecté à la côte par une piste.


Voici le camion qui doit emmener les pièces vers Wewak. Comme le laisse deviner la bâche et la cabine basculée, il est en panne. Après discussion, nous arriverons à trouver un autre camion plus petit, et il faudra effectuer deux voyages au lieu d'un.


Nouveau changement de paysage puisque nous sommes en mer. Parti de Wewak, nous allons naviguer 5h en longeant la côte pour atteindre l'embouchure du fleuve Ramu situé au sud-est de l'embouchure du Sépik.


L'embouchure de la Ramu n'est pas constituée d'un delta comme celle du Sépik.


L'isolement de cet endroit, les remous des eaux saumâtres à la tombée de la nuit qui sont notoirement fréquentées par toutes sortes de requins et de crocodiles produit un léger sentiment de malaise.


Non loin de cette embouchure se trouve un village de pêcheurs spécialisés dans la pêche aux requins qu'ils capturent à l'aide de gros filets. Sur cette photo, deux petits requins-marteaux pris à la ligne.





Ce village isolé est situé sur une plage de sable noir. Nous sommes prudents car plusieurs personnes nous ont mis en garde sur la présence de "rascals" sur la Ramu. Il semblerait que le problème se pose plus en amont. Ces rascals, bandits de grands chemins, s'en prennent aux pirogues sur le fleuve. Armés, ils les abordent et volent tout ce qui les intéresse. Ils ont la réputation d'être violents, un homme est mort assassiné 3 semaines plus tôt à quelques dizaines de km plus au sud.


Lorsque nous abordons un village de cette région, les habitants commencent par nous dire qu'il n'y a pas de danger ici, pas de rascals. Cette annonce ne fait que confirmer la rumeur et démontre qu'il faut donc bien au contraire se méfier. Il s'agit alors d'avoir le nez creux et de décider où l'on peut dormir et jusqu'où l'on peut aller dans une direction ou une autre. Nous ne rencontrerons aucune personne malveillante et n'aurons aucun souci particulier.


Ces sujets d'inquiétude ne m'ont pas coupé l'appétit et je m'intéresse de près à ces poissons de mer fraîchement pêchés, de bonne taille et pas encore durs.



Une famille de cochons domestiqués...


La pluie ne nous aura pas épargné sur la Ramu et l'on se protège comme on peut.


Nous quittons la Ramu pour revenir à l'embouchure du Sépik et visiter les villages de la région des lacs Murik où je ne suis pas retourné depuis 5 ans.



Cette zone de mangrove est semée de grandes palmeraies de sagoutiers traversées par d'étroits cours d'eau.


Les pirogues des Muriks sont les plus belles que je connaisse. Les proues sont finement sculptées pour figurer des visages d'ancêtres complexes associés à des animaux.


Lorsqu'elles sont de grande taille, la proue et la poupe sont sculptées et la forme générale est ronde et non carrée.


Un campement provisoire de pêcheurs de crustacés.


Fabrication d'une pirogue.


Village lacustre.


Je confie l'appareil photo à mon guide pour une photo souvenir. L'embarcation en fibre mesure environ 6m et est propulsée par un moteur de 40 ch.


A la fin de la collecte sur la Ramu et les Muriks s'est posé le problème de ramener les objets à Wewak dans cette embarcation. Compte tenu du nombre d'objets et de leur poids, un second bateau était nécessaire et nous n'en avions pas. Après concertation avec mon guide, le pilote du bateau et son propriétaire, nous décidons de tenter de revenir avec tout le chargement.

La première difficulté sera de sortir de la lagune et de franchir une série de vagues pour arriver en pleine mer. Un habitant du village de Big Murik nous accompagnera pour nous indiquer le bon passage. Nous prendrons une trajectoire parallèle à la ligne des vagues et réussirons à les couper avant qu'elles ne déroulent.

Peu après cette opération délicate, le vent se lève et une petite houle accompagnée d'un gros clapot se forme, face à nous. La ligne de flottaison est basse, il faut slalomer pour avancer et nous prenons des paquets d'eau. Trois d'entre nous ne cessent d'écoper.

La côte est proche mais elle est rocheuse et n'offre aucun abri. Je crois que nous n'avons pas été loin de couler.

Nous n'avançons que très lentement, la nuit s'annonce et un problème de moteur nous prive de puissance. Une baie se présente à nous, c'est elle que mes guides comptaient atteindre en cas de problème. Elle abrite un village, nous y accostons.


Nous franchirons ce petit passage pour mettre le bateau à l'abri dans une anse.


Le repas du soir est particulièrement joyeux. Être au sec et à l'abri n'était pas joué quelques heures plus tôt. Les habitants nous prêtent des affaires sèches pour passer la nuit.

Vous remarquerez la quantité de riz servie dans chaque gamelle, qui correspond grosso modo à ce que consommerait une famille de 4 personnes en France.


Le matin, nous négocions la location d'un second bateau avec les villageois et divisons le chargement en deux. La suite du retour se fera sans encombre.


Fin de l'aventure à Wewak où nous empotons les pièces dans un conteneur à destination de la Bretagne.



David Godreuil