Collecte 2017


Le voyage commence en Nouvelle Bretagne chez les Baining.

Mon guide me fait visiter deux villages ayant organisé récemment des cérémonies de danse du feu.



Nous trouvons un accord, j'acquiers ces masques qui quitteront le village la nuit venue, la tradition interdisant aux femmes de les voir de jour.

Je négocie également ces masques féminins.

Départ pour la Nouvelle Irlande, voisine de la  Nouvelle Bretagne, à deux heures de bateau.


Voici la plage d'où partent et arrivent les "banana boat". Il est préférable de partir le matin, la mer est en général plus calme.

On aperçoit au loin les côtes de Nouvelle Irlande. 




J'utilise les transports en commun en Nouvelle Irlande. C'est économique et pittoresque.
Je vais faire chou blanc sur ce voyage. Mauvais timing, pas de chance..., je ne collecterai que deux masques sur plusieurs jours de prospection. Passons à autre chose.

Etape suivante, le Sépik, que je rejoins par la route.

Nous sommes partis avec des provisions (riz, corned beef, café, thé, sauces, biscuits etc.), le landcruiser est plein comme un oeuf.

En chemin, de petits marchés nous permettent de compléter notre chargement avec des fruits et légumes.

Et de déjeuner.

Courges, noix de betel, cigarettes et sauces maggi en tout petit conditionnement.

Bananes plantains, ignames, pastèques, ananas, patates douces.

Triste arrivée à Pagwi. Ce village, dont la principale activité est de stocker et vendre du carburant, n'est plus qu'un lieu de transit, sale et sans âme.

Je réalise que le fleuve est en crue, son niveau est vraiment très haut.

Le 4x4 est déchargé.

Tout est transféré dans la pirogue, sous une bâche car la pluie menace.

Je me fais accompagner d'un policier armé. Mon guide a insisté pour que nous soyons protégé car 29 prisonniers se sont échappés il y a quelques semaines de la prison de Wewak. On soupçonne certains d'entre eux de sévir sur le Sépik. Deux agressions, dont une mortelle, s'y sont produites récemment.

La proue de la pirogue que nous utiliserons pendant ce périple. 

Première soirée sur le fleuve à Korogo, le village de mon guide qui nous servira de camp de base. Ces arbres sont en principe hors d'eau.

L'eau monte lentement et envahit le village et ses habitations.

C'est un phénomène naturel et habituel à cette période, souhaitable aussi car il régénère le fleuve. Poissons et crocodiles vont repeupler des zones qui s'étaient vidées.

Cependant la vie est compliquée en période de crue. Il peut arriver que l'eau monte au niveau des planchers des cases, obligeant les habitants à les quitter pour vivre sur des radeaux de troncs et de pirogues.

Pour leur part, les canards ne s'en plaignent pas.

En ce qui me concerne, il me faudra faire preuve d'agilité pour ne pas glisser sur ces troncs mouillés et je me doute que collecter dans des villages inondés ne sera pas aisé.

Vue de la grande case de Korogo qui  n'est toujours pas reconstruite.

De nouveaux poteaux sont en cours de réalisation mais les anciens ne sont cependant pas à vendre pour des raisons coutumières.

Je commence cette période de collecte par la région des Washkuk hills.

Cette région n'est pas épargnée par la crue.

On distingue à peine cette case dont seul le toit émerge.

Ce premier village est désert à notre arrivée.


Lui aussi est en partie sous les eaux.

C'est un village Nokouma dont voici la case de cérémonie.

Sur un seul niveau, ces cases sont bâties à des endroits non susceptibles de se retrouver sous l'eau.

Apprenant mon arrivée, les habitants se regroupent dans la case, certains ont emporté un objet qu'ils souhaitent vendre.

Poutre sculptée.

La face interne du toit est couverte d'un maillage de lianes qui accueillaient des écorces peintes. On distingue au centre ce qui devait être la reproduction d'un crocodile.

Le village s'apprête à renouveler ces écorces, j'ai la chance d'arriver au bon moment. Les vieilles écorces sont à terre. Après discussion avec les villageois, j'en achèterai une bonne partie, en fait toutes celles qui sont encore en bon état.

J'ai fait savoir dans le village que je recherchais des coiffes. Cet homme me montre la coiffe qu'il  utilise lors des cérémonies. 

Retour à la pirogue pour y charger mes acquisitions.


En route pour un autre village, il faut se frayer un passage dans les herbes.

Arrivée au village de Mino.

En fin de journée, les villages sont bien plus animés.

Nous bivouaquerons chez un guide Kwoma. Nous le connaissons bien et nous pouvons a priori penser que personne ne nous volera de carburant cette nuit.

Je ne pouvais pas ne pas demander à mon "garde du corps" de prendre la pose pour en avoir le souvenir. Moses travaille pour la police de Wewak.  Il prend cet air sévère pour la photo, en dehors de cela il est tout sourire.

Voici la couverture du carnet de notes de Moses. Il s'agit de la devise de l'état Papou.

Un habitant nous rend une visite tardive pour me montrer un objet. La raison peut être qu'il n'était pas dans le village au moment de mon passage ou qu'il souhaite me voir en toute discrétion. Dans ce dernier cas, je dois m'assurer que tout est clair si je ne veux pas aller au devant d'ennuis.

Je profite aussi du soir (le soleil se couche vers 18h), pour faire protéger les poteries avec des feuilles de bananier enveloppées de film noir.




Petit déjeuner chez mon guide Kwoma: café, biscuits, plats lyophilisés pour moi. Riz, patates douces ou galettes de sagou pour l'équipe. 

Nouveau départ. Les monts que l'on aperçoit sur ce cliché sont le territoire des Kwoma. Les Nokouma habitent les plaines en contrebas plus marécageuses


Ce n'est pas la première fois que j'effectue un voyage au mois de janvier /février.  Je n'avais jamais vu le fleuve si haut.

Cela rend tous les villages accessibles contrairement aux périodes sèches durant lesquelles il peut manquer de profondeur sur certains trajets.

Cependant la navigation est paradoxalement plus difficile. Plaines et forêts sont "navigables" mais s'y orienter n'est pas simple même pour mon guide Kwoma.
Englués dans ces hautes herbes, nous demandons à ces deux femmes si elles connaissent une voie pour rejoindre le village de Singjuk. Elles nous l'indiquent mais nous ne la trouverons pas, ou en tout cas bien plus tard et par hasard ce qui nous aura fait perdre 2 heures.

La pirogue mesure près de 15m de long, pas facile à diriger dans ces bras étroits.

Ces herbes, en grande partie immergées,  peuvent mesurer 3 m.

Les espaces sont parfois rapidement comblés par ces plantes aquatiques invasives.

Ces encombrements obligent le pilote a fréquemment relever son moteur pour libérer l'hélice des végétaux qui l'entourent.

Il est aussi indispensable qu'un homme soit posté à l'avant pour prévenir le pilote des obstacles ou des virages.

Et l'on se retrouve à ne pas avoir assez d'eau pour avancer, un comble en période de crue.

L'homme posté à l'avant utilise une pagaie perche pour éclaircir le chemin ou aider la pirogue à tourner.

Demi-tour annoncé, nous sommes dans un cul-de-sac.

Navigation en forêt.

Enfin nous arrivons à Tangunjamb.



Nous avions pu envoyer un message pour prévenir de notre arrivée, nous sommes donc attendus.




La circulation dans et aux abords du village est aussi compliquée par la crue.



Voici une case en construction. Je m'en réjouis, cela traduit la vitalité de la culture locale.

On me montre comment se porte cet ornement frontal.

Les personnes qui m'ont vendues des pièces, les portent jusqu'à la pirogue.

Cela peut former de longues processions, assez pittoresques.



Cette pirogue nous livre un grand tambour à fente qu'il était plus simple d'acheminer par le fleuve.

Son transbordement.

Mon équipe en a profité pour faire le plein de noix de betel.

Rencontre sur la rivière.

J'ai quitté la région des Washkuk. Etant trop chargé, je me suis organisé pour qu'une seconde pirogue nous amène les pièces que je n'avais pu emporter.

Il est aussi nécessaire de se ré-approvisionner en essence et huile en passant à Pagwi.

Je rassemble mes acquisitions chez mon guide à Korogo.





Rien ne peut reposer au sol.

De retour à Korogo, c'est aussi le moment de se poser et de s'intéresser à la vie de village.

Les poissons restent abondants dans le sépik. Pêchés, préparés, fumés, ils vont être vendus ou échangés contre de la farine de sagou.




Cette farine de sagou est utilisée pour préparer des galettes qui sont la base alimentaire des habitants du sépik.

Ces clichés montrent comment les galettes sont cuites.




Autre activité, recoudre ses vêtements, qui n'est pas nécessairement une tâche féminine.


Déjeuner à Korogo, au menu : riz et maquereau en boite.

Nous filons en pays Sawos en empruntant cette rivière non navigable en période sèche. Ces pirogues convoient de la farine de sago vers les villages du bord du fleuve et remonteront avec du poisson fumé. Les villages sawos disposent de grandes quantité de palmier sagoutier dont est issue la farine de sagou.

La montée des eaux, les fortes pluies, génèrent ces amas de troncs et de branchages qui dérivent avec le courant.

Inévitablement, ces amas sont bloqués à un endroit par un arbre, un coude ou un haut fond, et forment un barrage, qu'il nous faut franchir en passant lentement sur le coté.

Ce village est coupé par ce ruisseau en crue, une pirogue est utilisée en guise de pont.

Des enfants du village de Geguerobi.

Nouveaux achats et nouvelle colonne..

Gagner les villages Sawos de Geguerobi, Nangusap, Marap imposent de longues marches, ici sur une piste forestière abandonnée. Une entreprise asiatique s'est en effet implantée dans la région et a construit cette piste en vue d'y exploiter la forêt. Rémunérés à hauteur de quelques pièces par arbre coupé, les habitants ont vite compris qu'on les bernait et détruisait leur environnement. Les "bucherons" ont été priés de partir.

Marcher sur cette piste ou les chemins forestiers est exténuant. Le sol est glissant et les chaussures sont alourdies par une boue collante.

Nous rencontrons cet homme qui nous montre son arbalète fabriquée à partir d'un vieux fusil.

Les flèches sont lestées à leur extrémité.

J'en conclue que les oiseaux peuvent dormir tranquille.

Retour sur le moyen Sépik et arrivée à Kanganaman. J'ai visité cette case de nombreuses fois mais jamais sous l'eau. Dans ce village, les moustiques sont légions. 

Peu de gens en ce milieu d'après midi.

Sur ce cliché et ci-dessous quelques superbes sculptures croisées en chemin. 





Peu après Kanganaman, nous rejoignons Palimbei qui est sous les eaux, notamment ces deux grandes cases. Les moustiques sont aussi très présents. 




Suite du voyage dans les Blackwater dans le village de Kanangara.

Kanangara abrite une petite mission et son église.

Une église qui a l'instar d'une case de cérémonie, est parée d'une sculpture faîtière.

Depuis mon dernier passage en 2014, la grande case a été mise à terre. Ne subsistent que les poteaux, une nouvelle case est en projet.

Cette case présentait sur sa façade un immense masque de pignon en vannerie que je lorgnais depuis des années. Mis à l'abri dans une case voisine, je le retrouve avec une certaine émotion. La tractation est un succès, je peux l'acquérir.

Compte tenu de sa taille, son transport n'est pas aisé.

Mais on y parvient.

Ce sera également l'occasion de collecter quelques poteaux de case.

Le voyage touche à sa fin. Tous les objets sont rassemblés à Korogo, il faut les transporter jusqu'à Pagwi où un camion nous attend qui les convoiera à Wewak.

C'est une routine maintenant, la confection d'un radeau sur deux grandes pirogues.

Et le chargement commence.

Les pieds dans l'eau évidemment.




Prêts à partir.




En route à vitesse très lente.

Arrosée par une grosse pluie tropicale.

Débarquement à Pagwi.

Toujours sous la pluie.

Le camion est bien là, je crois que c'est la première fois en 17 ans de collecte qu'il n'accuse pas de retard.

Le grand masque est protégé de la pluie avec les moyens du bord.


C'est parti pour 6 heures de route.

Un point chaud.

Puis un autre...
Empotage du conteneur à Wewak.
Quelques vues de notre réserve en Bretagne.









David Godreuil